Né en 1945 à Tanger, Maroc. Il fait des études supérieures à Paris à l’IDHEC (Institut Des Hautes Etudes Cinématographiques). Il travaille comme assistant pour la télévision française avant de réaliser son premier court métrage, Si Moh Pas de Chance, Grand Prix du court métrage au 3e Festival international d’expression française de Dinard en 1971 et est remarqué par la critique française. En 1975, il réalise son premier long métrage El Chergui.
Depuis, Moumen Smihi a réalisé sept longs et moyens métrages ainsi que plusieurs courts métrages. Il fait partie des réalisateurs qui ont donné leurs lettres de noblesse au cinéma marocain.
Moumen Smihi a cherché à montrer, depuis Les récits de la nuit jusqu’à ses Chroniques marocaines une société arabe contemporaine déchirée par son passé féodal, la décadence, le colonialisme, le sous-développement, avec une écriture qui allie fiction et documentaire.
Les gens du cinéma en viennent toujours à un moment où la tentation du discours sur soi devient très forte. Le cinéma a un très fort rapport avec l’image, on vient alors à parler de son image.
Depuis la découverte de la psychanalyse depuis Sigmund Freud, ce qu’on appelle l’autobiographie n’a plus le même sens car plus personne ne peut être sûr de dire qu’il peut se raconter, surtout de présenter ce qu’il raconte comme ayant à voir avec la vérité car ce qu’on raconte, est forcément du côté de la fiction. C’est pour cela que je parle d’une autobiographie fictive car le rapport avec la vérité est complètement médiatisé par le fantasme, l’imaginaire, le souvenir qui n’est pas très sûr.
J’aime beaucoup travailler avec les non professionnels parce qu’au cinéma, le rapport est surtout à un visage, un corps, pas forcément le côté technique du jeu. L’acteur, pour moi, est plus que la star. L’acteur est très présent dans le sens de quelqu’un comme le cinéaste français Robert Bresson qui a même commencé à éliminer le mot acteur pour le remplacer par celui de actant. Acteur, c’est en effet un corps sur l’image, un corps qui est aussi important que celui d’un décor, d’un accessoire et l’actant est plus que la simple représentation et Bresson, par exemple, n’a jamais voulu travailler avec des professionnels et encore moins avec des stars. Bresson a toujours travaillé avec des comédiens qui devenaient stars.
Un artiste qui pense au public est un artiste qui est sur la mauvaise voie. L’un des grands maîtres du cinéma Luis Bunuel disait faire des films non pas pour le public mais pour quelques amis. Un artiste travaille en fonction de son matériau, des gens qu’il aime, des amis… Le public, je n’y pense jamais, pour dire franchement les choses. Ce à quoi je pense le plus, c’est à la matérialité de ma pratique, d’abord l’histoire du cinéma. J’ai toujours fait des films en pensant à d’autres films.
Je pense à d’autres metteurs en scène que je veux ou approcher ou suivre ou m’en inspirer. Je travaille aussi en fonction de considérations réalistes, c’est-à-dire, des paramètres de la production, de la technique, des comédiens. Et là, je travaille de façon réaliste et partagée. Je ne suis pas dans mon petit coin. Mais la stratégie qui prévaut actuellement est ce qu’on peut appeler le cinéma vulgaire. Le cinéma marocain opte actuellement pour une pratique développée par le cinéma égyptien selon laquelle on fait ces films-là parce que le public en est friand, les réclame. C’est quelque chose à laquelle je ne pense jamais
Vous êtes pourtant considéré comme l’un des pionniers du cinéma marocain. Qu’est-ce que cela vous fait comme responsabilité ?
Rien. Absolument rien. Je travaille du côté de la vie, pas du côté de la mort. Ce qu’en dira de moi dans mon absence qui est une forme de mort dans la mort, ne m’intéresse absolument pas. Je suis vivant, je fais des choses vivantes… C’est cela qui m’intéresse, c’est d’avancer.
Après un quart de siècle de pratique cinématographique, où est-ce que vous en êtes aujourd’hui et quel regard jetez-vous sur votre parcours ?
Je suis toujours en attente. Mon souci premier est la culture arabe en général et le cinéma arabe. La culture arabe est demeurée bloquée pendant des siècles, c’est-à-dire depuis le plus grand écrivain, penseur, Ibn Khaldoun. C’était au 15e siècle. Il a fallu attendre cinq autres siècles pour voir apparaître un grand penseur comme Taha Husseïn et quelques autres décennies pour assister à la naissance du roman arabe moderne avec Naguib Mahfoud. Cela fait trois pas sur plusieurs siècles. Du côté du cinéma, on a une éclaircie absolument extraordinaire, mais qui n’est pas très large, cette éclaircie s’appelle Chadi Abdessalam qui a réalisé La Momie et a réalisé différents courts-métrages sur l’histoire arabo-pharaonique.
Ce cinéaste constitue l’avenir du cinéma arabe. Pour moi, c’est ça le cinéma, la rencontre entre l’antiquité de la culture arabe, la musique, les arts… Il ne faut pas être pessimiste. Il faut repérer l’importance de Chadi Abdessalam pour l’avenir, pas seulement comme point de l’histoire. C’est surtout cela qui me retient sur 25, 30 ans de cinéma. Je vois que Chadi Abdessalam est là. Nous cherchons tous à aller dans cette voie. Le cinéma vulgaire s’égare et il faut toujours penser à ce cinéaste et à son apport.
Filmographie
2008 - Les Cris de jeunes filles des hirondelles »
2005 - Le Gosse de Tanger
1999 - Chroniques marocaines
1997 - Interview : histoire du cinéma (cm)
1995 -La Médina de Paris (cm)
1995 - Jef à l’Anpe (Jamaa El Fna à l’Agence Nationale Pour l’Emploi) (cm)
1993 - Avec Matisse à Tanger
1991 - La Dame du Caire
1989 - Cinéma égyptien, défense et illustration
1987 - Caftan d’amour
1981 - 44 ou les Récits de la nuit
1978 - Villes marocaines (cm)
1975 - El Chergui
1972 - Couleurs aux corps (cm)
1970 - Si Moh Pas-de-Chance (cm)
