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Hommage à Bernard Gentil

Membre fondateur du Maghreb des Films, notre camarade et ami Bernard Gentil, est décédé le jeudi 29 juin dernier. Gérard Vaugeois, co-fondateur du Maghreb des Films et qui a côtoyé Bernard, presque quotidiennement, pendant ces dix années passées, lui rend ici hommage.

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Le Maghreb des Films est né d’une rencontre tout à fait imprévue autant qu’imprévisible.

Nous étions fin 2007, entre les derniers jours de novembre et les premiers de décembre.

J’étais à Roubaix.

La Municipalité m’avait sollicité, afin de concevoir et réaliser un évènement cinématographique, à thématique méditerranéenne.

A quelques jours de la manifestation, nous étions en réunion, en mairie.

Il y avait là, déjà, Fatima qui assurait l’interface entre les services municipaux et moi, Mouloud à qui j’avais demandé d’accueillir les réalisateurs et d’animer les débats entre eux et le public, et des amis et militants roubaisiens, pour la plupart adhérents du Maghreb des Livres. 

Frappent à la porte deux inconnus, pour tous ou presque  : Bernard et Bachir (Bachir Hadjadj, l’inséparable «  frère  », depuis les années algériennes communes).

Lesquels s’étaient, si je puis dire, auto missionnés pour trouver quelqu’un susceptible de les aider à inventer et mettre sur pied un équivalent cinématographique au Maghreb des Livres.

Ils avaient dû se dire que si la Méditerranée était à Roubaix, le Maghreb devait y être aussi.

Nous avons pris rendez-vous.

Dès mon retour à Paris, nous nous sommes retrouvés, dans les bureaux des Films de l’Atalante, pour réfléchir ensemble à ce beau projet qui, je dois l’avouer, était un peu étranger à mes préoccupations du moment.

Quelques affinités et la sympathie aidant, j’ai accepté de les accompagner dans l’aventure, pour quelque temps. 

Pour quelque temps…

Bernard a tout de suite joué un rôle central dans la naissance et l’organisation du MAGHREB DES FILMS, et de l’association éponyme qui porte la manifestation depuis 2009.

Le premier MAGHREB DES FILMS a eu lieu du 11 au 17 février de cette année-là.

L’affaire était lancée.

Bernard s’installe alors, avec armes et bagages, rue du Tage, dans les locaux des Films de l’Atalante. 

Chaque jour, à travers la grande baie vitrée des bureaux, j’observais son arrivée…, toujours également calme, sac au dos, le chef bien couvert sous sa casquette et tout le reste bien calé sur son vélo.

On travaillait beaucoup et on parlait autant.

Rien ne nous prédestinait à nouer une relation amicale et militante aussi fertile.

Nos histoires familiales et sociales, notre formation, nos parcours professionnels, nombre de nos idées et convictions étaient radicalement différents, voire opposés.

Et pourtant, ça marchait…

L’amitié autant que le MDF.

Bernard, son vélo et sa casquette, ma gouaille un peu parigote et mon goût de la provocation, faisaient balance à son sens immodéré de la discrétion et de la retenue  ; et tout cela me faisait identifier notre tandem à une résurgence des personnages de «  La Belle Equipe  » de Julien Duvivier qui réunit, à l’époque du Front Populaire, des copains autour d’un projet utopique.

Sans doute, les polytechniciens sont-ils formés pour rendre les utopies réelles. 

En foi de quoi, s’il y a un «  père  » du Maghreb des Films, c’est bien incontestablement Bernard. 

C’est lui, d’abord, qui est passé à l’acte, a osé et a pris les choses en mains.

C’est lui qui s’y est investi le plus, qui en a pensé tous les aspects administratifs et financiers et a, surtout, trouvé les premiers moyens de sa réalisation.

Par l’opiniâtreté et l’énergie qu’il y mettait, par sa constance et sa force tranquille de persuasion, nombre de ses amis proches nous ont rejoints.

Ainsi, s’est vite constitué, autour de lui, autour de nous, une sorte de clan. 

Bachir, bien entendu, qui présidait l’association et «  veillait à la ligne idéologique  », mais aussi Chantal, Fatima, Philippe, Mouloud, militants convaincus d’une cause enthousiasmante.

Une belle équipe, en vérité.

Chaque année, depuis 2009, d’horizons divers de jeunes femmes et de jeunes hommes sont venus nous rejoindre et renforcer notre action.

Attirés, pour diverses raisons, personnelles, familiales, professionnelles, militantes ou tout simplement citoyennes ou curieuses, cinéphiles aussi… 

Certains, passant brièvement, absorbés par les priorités de leur propre vie… parfois, revenant. 

D’autres, restant.

Et cela dure… au rythme des aléas habituels, depuis dix ans maintenant. 

Ce mouvement perpétuel, ininterrompu comme devrait l’être la vie, réjouissait Bernard et nous avec lui.… 

Encore là, toujours présents, il y a ceux de la bande  : Bachir, Chantal, Fatima, Mouloud, Philippe et quelques-uns…fidèles au MDF, mais aussi à Bernard, à sa ténacité, à sa générosité humaine et à sa capacité d’avoir su nous réunir et nous «  tenir  » à ses côtés  ; tous, aussi différents que nous soyons. 

Ainsi est allé et va ce Maghreb des Films, rêvé il y a dix ans par Bernard et Bachir et nous sommes bien reconnaissants à ces deux énergumènes d’avoir un jour poussé cette porte, sans y être invités …