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Autre 8 mai 1945 (L’) - Aux origines de la guerre d’Algérie

Synopsis

La répression du printemps 1945 en Algérie recèle encore de nombreuses zones d’ombres.
Cette enquête, basée sur de nombreux documents inédits, des archives du gouvernement français et des services secrets anglais et américains, nous emmène à la rencontre de ces hommes et ces femmes qui ont vécu et subi cette répression.
Elle donne la parole aux témoins français, algériens, ainsi qu’au premier reporter arrivé sur les lieux.
Elle lève le voile sur les mécanismes et les conséquences de cette répression coloniale.

Thèmes : Guerre d’indépendance algérienne , Colonisation

Réalisateur(s) : Adi, Yasmina

Pays de production : France

Type : Long métrage

Genre : Documentaire

Edition du festival : Maghreb des films juin juillet 2012

DVD disponible dans la DVDthèque du Maghreb des films (prêt possible aux programmateurs)

Année : 2008

Durée : 52’

Image : Laurent Didier

Son :  Hamid Osmani et Pierre Carrasco

Montage :  Claude Graton

Musique :  Pierre Carrasco

Production :  La Compagnie des Phares et Balises, 108 av. LedruRollin,75011, Paris, tél 01 44 75 . 11 33, Emmanuelle Viard, eviard@phares.balises.fr

Avec : Pascal Blanchard (Historien chercheur au CNRS), TÉMOIN AMÉRICAIN : Landrum Bolling (Ancien Reporter de guerre pour l’agence de presse ONA à New York) , TÉMOIN SÉTIF : Aïssa Cheraga, Hamed Acid, TÉMOINS RÉGION DE SÉTIF : Mohamed Chérif, Amrane Bedhouche, Hamed Boulzazen, Saïd Allik, Layachi Kherbache, Lahcene Bekhouche, Messaoud Merghem, Saïd Allik, Zorah Amokrane, Zorah Amokrani, TÉMOINS GUELMA : Abdallah Yales, Abdelmajid Chiheb, Saci Benhamla, TÉMOIN ALGER:Dr Chawki Mostefaï, TÉMOINS FRANÇAIS : Henriette Pitoun, Roger Denier

Extrait

Ce jour-là, alors qu’en France on fête la victoire sur l’Allemagne nazie, à Sétif, de l’autre côté de la Méditerranée, des Algériens croient en la reconnaissance de la France pour les 144 000 combattants qui ont largement contribué à la victoire sur le nazisme. Ils revendiquent leur indépendance dans une manifestation pacifique. C’est le début d’un massacre qui va mettre le feu durant 5 semaines dans les régions de Guelma,Biskra, Bone, Kherata et Constantine, au cours desquelles 30 000 algériens de tous âges seront massacrés par l’armée française. Ce 8 mai 1945 marque un point de non retour qui débouchera 9 ans plus tard sur la guerre d’Algérie.

Dans ce documentaire Yasmina Adi apporte un éclairage sur cet épisode noir de l’histoire franco-algérienne absent des manuels scolaires. Pour ce faire, elle a mêlé images d’archives françaises (déclassées en 2005), anglaises et américaines, de nombreux témoignages d’historiens et de protagonistes français et algériens, ainsi que le récit d’un reporter de guerre américain, le premier arrivé sur place.

Interview de Yasmina Adi

Pourquoi avoir choisi un tel sujet ?
Yasmina Adi : C’est en plein débat sur l’article 4 de la loi du 23 février 2005 que m’est venue l’idée de ce documentaire. On discutait alors de l’inclusion dans les manuels scolaires du "rôle positif de la présence française en Afrique du Nord". Une éventualité qui a fait resurgir la répression du 8 mai 1945. Une histoire absente de ces mêmes manuels scolaires à laquelle j’avais été sensibilisée par les récits de mes parents, originaires de la région de Constantine.

Comment s’est passée la réalisation d’un tel projet ?
Yasmina Adi : J’ai tenu à mener une enquête à la fois sur le terrain et en m’appuyant sur des documents inédits. En Algérie, j’ai réussi à retrouver 63 ans plus tard des témoins de premier plan de ces événements dans la région de Constantine, un très vaste département. Parmi ces acteurs majeurs : Chawki Mostefaï, le créateur du drapeau algérien créé pour les manifestations du 8 mai 1945, Aïssa Cheraga le porteur de drapeau de la manifestation de Sétif ou Lahcene Bekhouche, Messaoud Merghem et d’autres condamnés à mort en 1945 qui ne retrouveront finalement la liberté qu’en 1962 lors de l’indépendance de l’Algérie. Parallèlement, j’ai consulté en France les archives de police, du gouvernement général en Algérie et en France, et le peu d’archives militaires accessibles. Mais j’ai également enquêté en Algérie, en Angleterre et aux Etats-Unis.

Pourquoi avoir cherché des documents américains et anglais ?
Yasmina Adi : A l’heure où se créait l’Organisation des Nations Unies, les Anglais et les Américains sont présents en Algérie depuis 1942. J’ai voulu retrouver dans les archives des Alliés le compte-rendu de ces événements. Ma rencontre avec Landrum Bolling, premier journaliste étranger arrivé sur le terrain en mai 1945 m’a conforté dans ce choix. A l’époque, ses échanges avec les services secrets anglais et américains ont confirmé que ces forces ont été des témoins privilégiés de la répression. Les documents que j’ai trouvés à Londres et à Washington offrent un nouvel éclairage à cette page de l’histoire.

Comment interprétez-vous les déclarations du 27 avril 2008 de M. Bajolet, Ambassadeur de France en Algérie ?
Yasmina Adi : Le prédécesseur de M. Bajolet, M. Colin de Verdière avait parlé en 2005 de "tragédie inexcusable". Aujourd’hui, M. Bajolet parle d’"épouvantables massacres", d’événements qui "ont fait insulte aux principes fondateurs de la République française et marqué son histoire d’une tache indélébile". Prononcés à l’Université du 8 mai 1945 à Guelma, ces propos interviennent 5 mois après celui du président de la République Nicolas Sarkozy à Constantine, qui avait parlé d’impardonnables fautes et crimes du passé colonial français en Algérie. Au-delà de ces déclarations, il convient d’aller plus loin pour que la cicatrice laissée par cette répression puisse réellement se refermer. Cela veut dire donner les moyens aux historiens de faire toute la lumière sur cette page de l’histoire. Aujourd’hui, de nombreux désaccords persistent, comme par exemple sur le bilan de cette répression.

Pourquoi est-il si difficile d’avoir un bilan précis de cette répression ?
Yasmina Adi : En Algérie, on parle de 45 000 morts. Les historiens oscillent entre 6 000 et 25 000 morts et les autorités françaises reconnaissent aujourd’hui 7 000 morts. Des deux côtés de la Méditerranée, ce bilan a une valeur très symbolique : d’un côté, les traces d’une répression coloniale que l’on aimerait cacher ; de l’autre, des massacres qui symbolisent le début d’une volonté d’indépendance nationale. C’est aussi pour éviter cette instrumentalisation des chiffres que j’ai recherché les documents des services secrets alliés (anglais et américains présents en Algérie). Leurs documents font notamment état d’une enquête française jusqu’alors restée secrète.