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Bla cinima

Synopsis

Meissonier, Alger centre, sur la placette en face du cinéma fraîchement rénové Sierra Maestra, le cinéaste se mêle aux gens du quartier pour parler avec eux de cinéma. Attentif à ce qu’ils peuvent lui raconter de leur vécu, il se laisse très vite porter par les rencontres spontanées et les situations improvisées. Le film dresse un portrait vivant de la ville et propose en filigrane une réflexion sur la place du cinéma en Algérie.

Thèmes : Société maghrebine , Algérie , Art, patrimoine et culture

Réalisateur(s) : Ammar-Khodja, Lamine

Pays de production : Algérie

Type : Long métrage

Genre : Documentaire

DVD disponible dans la DVDthèque du Maghreb des films (prêt possible aux programmateurs)

Année : 2014

Durée : 82’’

Scénario : Lamine Ammar-Khodja

Image : Sylvie Petit

Son : Lamine Ammar-Khodja

Montage : Francine Lemaître

Production : The Kingdom (France)

Contact : The Kingdom/ distrib.thekingdom@gmail.com

Bande Annonce


Retour sur la projection de Bla Cinima de Lamine Ammar-Khodja (Nicolas Te Chin)

Dans Bla Cinima, l’expérience cinématographique s’apparente à une expérience de vie dont les différents protagonistes sont parties prenantes. En évoquant leur rapport au cinéma, ces individus parlent d’eux-mêmes. Rêveurs ou désabusés, ces hommes et femmes de tous âges sont les acteurs au travers desquels le réalisateur raconte une partie de la société algérienne.

Ainsi, le dispositif technique est ici un élément à part entière du récit et de l’image cinématographique. Ce dispositif relie le réalisateur à une réalité dont il tente de rendre compte. En plus de dépeindre le portrait sensible et intime d’un quartier d’Alger, Bla Cinima est une réfléxion sur l’art cinématographique. Le cinéma désigne, d’une part, les images qui émergent des films et qui nourrissent les rêves et les réflexions des différents protagonistes. Mais ici, le cinéma est aussi la construction d’un objet à laquelle le spectateur assiste. Bla Cinima confond spectateur et acteur, et brise la barrière de l’écran pour faire du cinéma un art appartenant à tout un chacun.

LAK : Dans mon premier film, on voyait Alger à travers mon regard. C’était un journal à la première personne. Je me suis dit qu’il serait intéressant d’effectuer le mouvement inverse, c’est-à-dire d’aller dans la rue et de laisser les gens se raconter afin que la ville se construise au travers de leurs récits. Parler de l’état du cinéma en Algérie est compliqué, surtout en France, un pays avec une culture cinématographique forte. Ce film se passe dans un pays où il n’y a pas de cinéma. Certes, les gens regardent des films et il y a un imaginaire cinématographique. Mais les Algériens ont perdu l’habitude de se retrouver dans le noir pendant deux heures pour regarder un film. Quand on fait un film, on se demande toujours d’où partir. Un cinéaste français a toute une école cinématographique à laquelle se référer. Dans le cas algérien, je crois que tout reste encore à faire. Le cinéma est un art populaire et on a pris cette idée au pied de la lettre. On est donc allés dans un quartier populaire pour parler de cinéma avec les gens, sachant que ces derniers se fichent un peu du cinéma. C’était en effet un prétexte pour parler d’autre chose.

Peux-tu nous expliquer quel a été ton dispositif ?

LAK : Arriver à Alger avec une caméra, c’est déjà un dispositif en soi. Les gens sont curieux et viennent te demander ce que tu fais, et c’est ce que nous avons exploité. On n’avait pas de plan préétabli. L’idée était simple. On se mettait devant le cinéma pour parler de films, puis on glissait vers d’autres sujets. On a fait ça pendant dix jours. On allait sur la place du matin au soir et on parlait aux gens au hasard des rencontres. La dramaturgie du film s’est un peu construite au montage. Avec Francine[2], on a construit une première partie qui parle de cinéma de façon plus directe. Et petit à petit, le film glisse vers des discussions plus liées à la réalité algérienne.

Ton film est aussi un moyen de libérer la parole des différents protagonistes. As-tu ressenti de leur part un besoin de parler ?

LAK : En documentaire, on a l’idée que la parole est donnée. Je n’aime pas trop cette idée. Je ne pense pas avoir donné la parole. Je pense que la parole existe, qu’on l’a formalisée et qu’on lui a donné du temps. La télévision ne laisse pas le temps à la parole. Dans des reportages de 5-10 minutes, on sait ce que l’on veut montrer et on fait dire ce que l’on veut faire dire. Nous, on restait plus longuement avec la personne pour lui donner du temps, le temps qu’elle puisse exister, qu’elle puisse se contredire, qu’elle puisse devenir un personnage de cinéma.