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Demande à ton ombre

Synopsis

C’est un cahier de retour au pays natal qui commence le 6 janvier 2011, date de déclenchement des émeutes populaires à Alger.
Quand on revient après huit années d’absence, la question qui se pose est :comment trouver une place parmi les siens ?
Mais le train est en marche et les questions existentielles vont s’entremêler avec l’actualité politique bouillonnante de la région.

Thèmes : Société maghrebine , Cinéma algérien : un souffle nouveau

Réalisateur(s) : Ammar-Khodja, Lamine

Pays de production : Algérie

Type : Long métrage

Genre : Fiction

Edition du festival : Maghreb des films novembre 2013

DVD disponible dans la DVDthèque du Maghreb des films (prêt possible aux programmateurs)


Année 2012 / 82’

Image, montage Lamine Ammar Khodja

Production et distribution A vif cinémas

Huit ans après voir quitté l’Algérie, son pays natal, pour la France, Lamine Ammar-Khodja décide de mettre fin à son exil le 6 janvier 2011, date du déclenchement des émeutes populaires à Alger.
Organisé chronologiquement, le film se raconte à la première personne et, tout comme le fameux Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire auquel le cinéaste rend hommage, il retrace les difficultés à retrouver sa place.
Car ce cheminement n’est pas seulement affaire privée, mais l’occasion de revenir sur l’histoire récente de l’Algérie, au moment où celle-ci aurait pu prendre un nouveau tournant.
C’est sur le ton de la comédie que le film avance, faisant preuve d’humour autant que d’ironie, en place du désespoir attendu. Mélangeant joyeusement les registres, s’amusant, libre et avec bien de la grâce, de l’outil cinématographique, revendiquant sa jeunesse frondeuse au nom de tous les jeunes laissés pour compte, ce premier long-métrage révèle à coup sûr un regard, une écriture : un cinéaste.

Jean-Pierre Rehm

Le commentaire de Wassyla Tamzali
Publié en mai 2013 dans Le Quotidien d’Oran (ultérieurement dans les Temps Modernes), aux côtés de 6 autres commentaires (Taya ya diou ! de Mohamed Zinet, Yasmina de Lakhdar Amina, Noua d’Abdelaziz Tolbi, La Nouba des femmes du Mont Chenoua deAssia Djebar, Nahla de Farouk Beloufa, Inland de Tariq Tegia)

Demande à ton ombre de Lamine Ammar-Khodja, ou le spectateur qui pleure.
Le film ouvre sur Aimée Césaire qui dans le Retour au pays natal exhorte son corps et son âme à ne pas se croiser les bras en spectateur « Un homme qui pleure n’est pas un ours qui danse ». Nous voilà prévenus.
Il y aussi Camus. Un Camus inattendu qui clôt le film dans une corrida mimée au fond d’un jardin avec un tablier de cuisine. Il donne l’estocade à un taureau imaginaire, le spectateur sans doute. Quels sont les films algériens qui t’ont touché ? Je pose cette question à Lamine A.K car il est évident que sa quête est celle d’une paternité, d’un héritage. « Il y a un film que je regarde et regarde, Tahia Ya Didou, plus je le vois et plus je me dis qu’il n’y a que Zinet qui aurait pu faire ce film. Un grand film c’est un film qui n’aurait pu être fait que par une seule personne. » Belle déclaration de principe, en l’occurrence pas dépourvue d’ironie. Demande à ton ombre a été, au figuré comme au sens propre, fait par un seul, le réalisateur. Avec zéro argent, L.A.K a été réalisateur, interprète, monteur, il a fait la lumière et le son. Quand il est devant la caméra, il est seul devant elle. La caméra est posée sur un pied il n’y a personne derrière. Et il est souvent à l’écran. Un film autofictionnel qui s’assume de bout en bout. La voix off est aussi celle de L.A.K. Dans ce film, comme dans Inland le réalisateur occupe le centre de l’histoire, son voyage dans Alger est aussi un voyage au bout de lui même. La critique sociale cependant n’est pas absente du film, que ce soit la jeunesse (ce concept obscur et attrape tout qui bouche notre horizon intellectuel.), l’information/propagande, la mobilisation pathétique d’un groupe de citoyens solitaires observés par ceux du trottoir d’en face comme des bêtes de zoo, - sur quel trottoir est le héros quand il dit qu’il s’est trompé de trottoir ?-, la ville décrépie, les regards vides, les gens mal fringués, tout est dit avec une grande économie de moyens et une belle réussite formelle. Tout est dit jusqu’à la nausée (restons dans la littérature) le spectateur, à l’image du héros jusqu’au vomissement. Les jeunes vomissent le monde dont ils héritent.
Car ce film porte tout le désenchantement de la génération post révolution algérienne. Dans le silence des slogans et des Grandes causes nationales, c’est fini, on ne peut lplus leur faire les mêmes blagues. C’est fini « ya kho ! », c’est fini mon frère ! Ceux qui n’ont pas pu comme le réalisateur/voyeur échapper à la marmite nationale il les retrouve dans une cave, scène inouïe de ces jeunes qui se réfugient dans des sous sols d’immeubles le soir pour picoler et plus encore. Un phénomènes courant dans les quartiers populaires d’Alger où tous les cafés sont fermés et on apprend ainsi qu’une vie souterraine s’est organisée pour survivre. Lamine A.K a utilisé dans ce film ses propres archives, il nous donne à voir quelques séquence d’ « Alger moins que zéro » un court métrage documentaire au titre auto explicatif. Cette descente au enfer, un petit enfer, et parce que petit sans doute plus désespérant, rend dérisoire les rêves de révolution qui effleure le film comme des désirs inassouvis.
Qu’est-ce qu’il reste à faire ? Mettre le feu à tout cela, dans un geste salvateur. La très belle scène du personnage brûlant dans un petit sceau les pages des journaux menteurs, et ce plan qui fait passer du petit feu poussif à l’incendie de la ville. Comment survivre à cette idée iconoclaste ? Par le cinéma, la littérature la musique. Honni soient qui pensent que ces jeunes là sont des égoïstes.
Yasmina, Noua, Tahia Ya Didou, Nahla, La Nouba sont les seules témoignages de notre mémoire et la preuve que nous avons vécu. Aujourd’hui Inland, Mollement samedi matin, Demande à ton ombre, C’est loin la chine, Malik Ben Smaïl, Tariq Tegia, les plus jeunes Lamine Ammar Khodja, Djamil Beloucif, Hacène Ferhani, Sofia Djemma, Sami Tarik, Sidi Boumedienne et d’autres sans doute qu’il me reste à découvrir, tous ces films, tous ces cinéastes, seuls dans le travail, seul devant la camera, parfois comme dans Demande à ton ombre dans un face à face radical avec la caméra sont la preuve que nous sommes vivants. Ils mettent en images, ils donnent forme à des discours sur notre société sans lesquels le silence sous le vacarme de la modernité dévoyée, de la politique mensongère, du fanatisme et de la violence, serait assourdissant et mortel.

Biographie

Lamine Ammar-Khodja est né à Alger en 1983, et a grandi dans sa banlieue, à
Bab Ezzouar. Il aime les images donc la littérature, mais la musique plus que
tout. Il s’est dit que le cinéma pouvait rassembler tout ça. Après des études
d’informatique, il passe du coq à l’âne en réalisant un triptyque de courts métrages
 : Alger moins que zéro, ’56 Sud, Comment recadrer un hors-la-loi en
tirant sur un fil
. Son premier long métrage Demande à ton ombre est sélectionné
au FID Marseille 2012 et reçoit le Prix Premier

Filmographie

2011, Alger moins que zéro (16min)
2010, ’56 SUD (17min)
2010, Comment recadrer un hors-la-loi en tirant sur un fil (21min)